Accouchement chienne : déroulement, durée et quand appeler le vétérinaire
Signes précurseurs de la mise bas
Les 24-48h avant la mise bas : Adaptez toujours ces repères au profil réel de votre chien (âge, race, état de santé) plutôt qu'à une règle générale.
- Chute de la température rectale sous 37.5°C (signe fiable dans les 12-24h)
- Nesting intense (gratte, tourne en rond, cherche un endroit)
- Refus de manger
- Agitation ou au contraire prostration
- Pertes vaginales claires ou légèrement sanglantes
- Mammelles gonflées avec du lait colostrum
Le déroulement normal d'une mise bas
Les 3 stades du travail : Comme toujours en santé animale, ces conseils généraux gagnent à être ajustés au cas par cas avec l'aide de votre vétérinaire.
- Stade 1 (6-12h) : contractions utérines, dilatation du col — chienne agitée, halète, cherche son nid — pas encore visible
- Stade 2 : expulsion des chiots — 1 chiot toutes les 30-60 min en général (max 4h entre deux chiots)
- Stade 3 : expulsion des placentas — 1 par chiot (ne pas laisser manger plus de 1-2 : diarrhées)
- Durée totale : 2-12h selon la taille de la portée
- Entre les chiots : la chienne se nettoie et stimule le chiot
Votre rôle pendant la mise bas
Rester présent sans intervenir sauf si nécessaire : Ces repères valent pour la majorité des chiens, mais un profil particulier (chiot, senior, maladie) peut nécessiter une approche différente, à voir avec votre vétérinaire.
- Observer sans déranger
- Sécher chaque chiot si la mère ne le fait pas (petite serviette)
- Vérifier que chaque chiot respire et tète dans l'heure
- Compter les placentas (1 par chiot)
- Garder les chiots au chaud (bouillotte sous serviette)
- Peser chaque chiot et noter le poids de naissance
Signes d'urgence vétérinaire
Ne pas hésiter à appeler le vétérinaire si : Chaque chien étant différent, n'hésitez pas à demander un avis personnalisé à votre vétérinaire en cas de doute.
- Contractions intenses depuis >1h sans naissance de chiot
- Plus de 4h entre deux chiots avec signes de travail
- Pertes vertes/noires AVANT le premier chiot (normal après)
- Chienne épuisée, inconsciente ou convulsante
- Chiot visible dans la vulve depuis >30 min (chiot bloqué)
- Chienne qui ne s'occupe pas des chiots après plusieurs heures
Ce qu'il ne faut pas faire pendant la mise bas
Beaucoup d'incidents pendant l'accouchement viennent moins d'une vraie complication médicale que d'une intervention humaine mal calibrée. Voici les erreurs les plus fréquentes chez les maîtres qui assistent une mise bas sans expérience préalable.
- Déplacer la chienne vers un autre endroit une fois le travail commencé retarde souvent les contractions suivantes.
- Manipuler un chiot juste après sa naissance, avant que la mère ne l'ait léché, peut perturber l'attachement maternel.
- Vérifier le nombre de placentas au fur et à mesure des naissances évite de rater une rétention, cause fréquente d'infection utérine.
- Laisser des enfants ou d'autres animaux s'approcher pendant le travail stresse inutilement la chienne en plein effort.
- Attendre trop longtemps avant d'appeler le vétérinaire face à des contractions inefficaces aggrave le risque pour les chiots restants.
- Ne pas avoir préparé à l'avance le numéro du vétérinaire de garde fait perdre un temps précieux en cas de blocage.
- Paniquer parce que la chienne mange un ou deux placentas est inutile : c'est un comportement naturel, seul l'excès pose problème.
Gérer les complications : quand appeler le vétérinaire en urgence
La majorité des mises bas se passe sans intervention humaine. Mais certains signes imposent un appel vétérinaire immédiat. Urgence absolue : chienne en travail actif depuis plus de 2 heures sans chiot nais, plus de 4 heures entre deux chiots avec la chienne encore en effort, liquide vert ou noir AVANT le premier chiot (signal de placenta decolle), chienne prostrée, inconsciente, ou en forte détresse. Urgence relative (appeler mais pas toujours urgence physique) : liquide vert entre les chiots (normal si court), chiot bloque au passage mais visible, chienne refusant de s occuper d un chiot, placenta manquant a compter (1 par chiot, avalage normal mais compter quand même). La cesarienne d urgence existe mais doit être decidee par le vétérinaire selon l état de la chienne et la viabilite des chiots. La preparation de la loge maternite est une étape souvent sous-estimee. Elle doit être prete 2 semaines avant la date prevue car certaines chiennes commencent la nidification précocement. Dimensions : assez grande pour que la chienne puisse s etirer complètement mais avec des rebords de 10 a 15 cm pour éviter que les chiots rampent hors du nid. Materiau : bois ou plastique facile a nettoyer, pas de tissu absorbant irremplacable (preferer des serviettes de bain lavables). Chauffage : les chiots nouveaux-nes ne thermoregulent pas - température de la loge 32-35 degrés la première semaine, 30 degrés la deuxième, 27 degrés la troisième. Lampe infrarouge ou coussin chauffant sous la moitie de la loge (pas toute la surface : les chiots doivent pouvoir s eloigner si trop chaud). Isolement des autres animaux et des enfants pendant la mise bas et les 2 premières semaines.
- Urgence absolue : travail actif 2h sans chiot, ou 4h entre deux chiots
- Liquide vert avant le 1er chiot : placenta decolle, urgence vétérinaire
- Compter les placentas : 1 par chiot, leur retention cause une infection
- Chiot en presentation anormale (dos, queue) : appeler le vétérinaire sans attendre
- Chienne qui refuse un chiot : le prelever, stimuler la respiration, garder au chaud
- Loge prete 2 semaines avant : certaines chiennes nichent précocement
- Température loge : 32-35 degrés semaine 1, 30 deg semaine 2, 27 deg semaine 3
- Coussin chauffant sur moitie de la loge seulement : laisser une zone fraîche pour les chiots
- Température loge semaine 1 : 32-35 degrés, les nouveaux-nes ne thermoregulent pas
- Compter les placentas : 1 par chiot, retention = risque d infection grave (metrite)
Soins du chiot, suivi post-partum et cas particuliers
Certaines chiennes présentent une inertie utérine, c'est-à-dire des contractions trop faibles ou trop espacées pour expulser un chiot. L'inertie primaire survient dès le début du travail : l'utérus ne se contracte pas assez fort, souvent chez les chiennes obèses, âgées, ou porteuses d'une portée très nombreuse qui distend excessivement l'utérus. L'inertie secondaire apparaît après plusieurs naissances normales : la chienne s'épuise et les contractions s'affaiblissent alors qu'il reste des chiots à naître. Dans les deux cas, une injection d'ocytocine par le vétérinaire peut relancer le travail, mais seulement après avoir vérifié par échographie ou radiographie qu'aucun chiot n'est mal positionné dans la filière pelvienne. Injecter de l'ocytocine face à un chiot bloqué aggraverait la situation plutôt que de la résoudre. C'est pour cette raison que cette décision revient toujours au vétérinaire et jamais au propriétaire seul.
Quand la chienne ne mange pas le cordon ombilical ou tarde à s'en occuper, le maître doit intervenir rapidement. Le cordon se clampe à environ deux centimètres du ventre du chiot avec un fil propre, du fil dentaire non ciré par exemple. On coupe ensuite à un centimètre au-delà du nœud, du côté du placenta, avec des ciseaux désinfectés à l'alcool. Un léger saignement est normal et s'arrête seul en quelques minutes. Si le cordon suinte ou saigne beaucoup après plusieurs minutes, un second nœud plus serré règle généralement le problème. Pour dégager les voies respiratoires, on tient le chiot tête vers le bas, dans la paume de la main, et on frotte fermement le thorax avec une serviette sèche. Cette friction retire le mucus et stimule le premier cri, signe que les poumons se déplient correctement. Une poire d'aspiration nasale, vendue en pharmacie, aide à retirer les glaires restées dans le nez et la bouche si le frottement ne suffit pas.
Les jours qui suivent la mise bas méritent une attention presque aussi grande que l'accouchement lui-même. La chienne doit retrouver l'appétit dans les 24 heures et boire abondamment pour soutenir la production de lait. Des pertes vaginales sombres, appelées lochies, sont normales pendant une à deux semaines, mais elles doivent rester sans odeur forte. Une odeur nauséabonde ou une fièvre au-dessus de 39,5°C signale une infection utérine et justifie un appel au vétérinaire. Côté chiots, la pesée quotidienne est l'outil de surveillance le plus fiable. Un chiot en bonne santé reprend son poids de naissance en deux à trois jours puis grossit chaque jour. Une perte de poids qui se prolonge au-delà de 48 heures, ou un chiot qui reste à l'écart de la mamelle, doit alerter. Cela peut annoncer une hypothermie, une infection ou un défaut de lactation chez la mère. Chez les petites races portant une portée nombreuse, une éclampsie post-partum peut aussi survenir dans les trois premières semaines. Tremblements, raideur des pattes et température élevée signalent alors une chute dangereuse du calcium sanguin, qui exige une prise en charge vétérinaire immédiate.
Certaines races ne peuvent pas mettre bas naturellement et doivent passer par une césarienne programmée, décidée avant même le début du travail. C'est le cas des races brachycéphales comme le bouledogue français, le bouledogue anglais ou le boston terrier. Leur tête large ne passe pas par le bassin étroit de la mère, une disproportion appelée dystocie foeto-pelvienne. Chez ces races, attendre le déclenchement naturel du travail expose la mère et les chiots à un risque vital important. Le vétérinaire programme alors l'intervention autour du soixantième jour de gestation, après une échographie ou une radiographie qui confirme la maturité des chiots. D'autres chiennes présentent un risque individuel plutôt que racial : un bassin fracturé par le passé, une portée unique avec un très gros chiot, ou un antécédent de césarienne d'urgence. Dans tous ces cas, une discussion avec le vétérinaire en fin de gestation permet d'anticiper plutôt que de subir une urgence de nuit.