Pékinois : caractère, santé et conseils pour bien l'adopter

En bref — Élevé pendant des siècles dans l'enceinte de la Cité Interdite, le Pékinois était le chien des empereurs de Chine : sa possession était interdite au commun des mortels et sa silhouette devait évoquer le lion gardien des temples bouddhistes. Il en reste un chien de 15 à 23 cm et 3,2 à 6,4 kg au port de tête altier, à la crinière abondante et à la démarche roulante si particulière, héritée de ses pattes avant courtes et arquées. Le Pékinois n'est ni un chien sportif — 20 à 30 minutes de marche lui suffisent — ni un chien servile : il est digne, indépendant et parfaitement conscient de sa valeur. Sa face aplatie et ses yeux proéminents font en revanche de lui une race à surveiller de près, avec des urgences vétérinaires qui lui sont propres. Ce guide passe en revue son caractère, ses fragilités respiratoires, oculaires et vertébrales, son entretien de robe exigeant et le foyer qui lui convient.

Fiche d'identité du Pékinois

Pays d'origineChine
Groupe FCIChiens de compagnie
Taille (mâle / femelle)15-23 cm / 15-23 cm
Poids (mâle / femelle)3.2-6.4 kg / 3.2-6.4 kg
Espérance de vie12-15 ans
PelageLong, double, avec crinière et frange
CouleursToutes les couleurs
Exercice quotidien20-30 min

Caractère et tempérament

DigneLoyalIndépendantCourageuxNonchalant

Le Pékinois a le tempérament d'un chien qui n'a jamais eu à demander la permission. Il est digne, sûr de lui, et n'a rien de la petite race qui s'agite pour qu'on la remarque : il choisit son coussin, souvent en hauteur, observe la maison depuis son poste et intervient quand il le juge utile. Cette nonchalance apparente cache un vrai courage — un Pékinois ne recule pas devant un chien dix fois plus gros, ce qui oblige son maître à faire preuve de prudence pour lui. Sa loyauté est réelle mais sélective : il s'attache souvent à une personne de référence et reste poliment distant avec le reste du foyer, héritage de siècles passés comme compagnon exclusif d'un membre de la cour impériale plutôt que comme chien de meute. Il est aussi un excellent avertisseur : la moindre visite déclenche des aboiements francs, disproportionnés par rapport à son gabarit. Son indépendance lui permet de rester seul plusieurs heures sans angoisse, mais elle signifie aussi qu'il n'exécute pas un ordre par simple envie de plaire. Avec les enfants, il tolère mal d'être manipulé sans ménagement, et ses yeux exposés rendent les contacts brusques risqués.

Pour débutants
Bon
Avec enfants
Moyen
Avec chats
Bon
Appartement
Bon
Entretien pelage
Difficile

Santé et espérance de vie

Le Pékinois vit généralement 12 à 15 ans, mais sa morphologie lui impose une vigilance supérieure à la moyenne sur quatre points. Le premier est le BOAS, le syndrome respiratoire des races à face plate : narines pincées, voile du palais trop long et trachée étroite provoquent ronflements permanents, essoufflement rapide et intolérance marquée à la chaleur. Un Pékinois qui halète bruyamment au repos, qui a des malaises à l'effort ou qui dort la tête surélevée doit être évalué — une chirurgie corrective transforme la vie des cas prononcés. Le deuxième est la proptose oculaire : ses yeux très saillants dans des orbites peu profondes peuvent littéralement sortir de l'orbite lors d'un choc ou d'une simple traction sur le collier ; c'est une urgence à traiter dans l'heure, oeil maintenu humide, et la raison pour laquelle le harnais est obligatoire chez cette race. Le troisième est l'entropion, ce bord de paupière qui s'enroule vers l'intérieur et fait frotter les cils sur la cornée : un oeil qui pleure ou qu'il garde mi-clos se montre au vétérinaire sans attendre, sous peine d'ulcère. Le quatrième est la hernie discale, conséquence d'un dos long porté par des pattes courtes. Demandez à l'éleveur les bilans ophtalmologiques des deux parents et l'état respiratoire de la lignée.

Prédispositions génétiques à surveiller :

  • BOAS
  • Hernies discales
  • Entropion
  • Proptose oculaire (luxation du globe)

Alimentation du Pékinois

Chez un chien de 3,2 à 6,4 kg, tout se joue au gramme près, et le Pékinois cumule deux raisons de ne jamais laisser filer son poids. D'abord son dos : sur une colonne longue soutenue par des membres courts et arqués, chaque centaine de grammes en trop augmente la contrainte sur les disques. Ensuite sa respiration : la graisse comprime des voies aériennes déjà réduites et aggrave directement le BOAS, au point qu'une perte de poids suffit parfois à faire disparaître un essoufflement. Pesez donc ses rations, et tenez compte des friandises dans le total : avec seulement 20 à 30 minutes d'activité par jour, il ne dépense pas grand-chose. Sa mâchoire prognathe et son museau aplati compliquent la préhension : privilégiez des croquettes de petit calibre, plutôt plates ou en forme de bouchon, faciles à attraper, dans une gamelle peu profonde et légèrement surélevée. Il avale souvent vite et ingère de l'air, ce qui provoque des renvois ; un ralentisseur de repas règle le problème. Deux repas par jour conviennent à l'adulte, trois au chiot jusqu'à six mois. Enfin, essuyez le pli du museau et la frange après chaque repas humide, car les résidus s'y logent immédiatement.

Éducation et comportement

Le Pékinois n'obéit pas par soumission, il coopère quand la proposition l'intéresse : c'est le point de départ de toute éducation réussie avec cette race. Les séances doivent être très courtes — deux à trois minutes, plusieurs fois par jour — et payées avec une récompense qu'il juge digne de son effort, généralement un aliment très appétent plutôt qu'une caresse. Insister, répéter ou hausser le ton ne produit rien d'autre qu'un chien qui se détourne et s'assoit. Trois apprentissages comptent vraiment chez lui. Le premier est l'acceptation du harnais dès l'arrivée à la maison : le collier est proscrit chez cette race, à la fois pour sa trachée étroite et pour le risque de proptose oculaire, et un chiot habitué tôt ne discutera plus. Le deuxième est la tolérance aux soins : nettoyage des yeux, du pli du museau et brossage quotidien deviennent des non-événements s'ils sont introduits en jeu avant quatre mois. Le troisième est la gestion de l'aboiement d'alerte, très présent chez lui : récompenser le retour au calme après un ou deux aboiements vaut mieux que tenter de le faire taire. Sa réputation de race accessible aux débutants tient à ses besoins modestes en exercice, pas à sa docilité — sur ce plan, il faut de la patience et de l'humour.

Entretien et toilettage

La robe du Pékinois est double, très longue et fournie, avec une crinière marquée sur les épaules et de larges franges aux oreilles, aux pattes et à la queue : c'est le poste qui explique sa mauvaise note d'entretien. Le sous-poil épais feutre vite, et les zones à risque sont toujours les mêmes — derrière les oreilles, sous les aisselles, à la culotte et sur les franges qui traînent. Comptez un brossage quotidien de quinze à vingt minutes jusqu'à la peau, en soulevant la crinière par mèches, plutôt qu'un passage rapide en surface qui laisse les noeuds se former dessous. Ses oreilles tombantes et lourdement frangées ferment le conduit et retiennent l'humidité : elles se contrôlent chaque semaine et se sèchent soigneusement après chaque bain. Le pli du museau, caractéristique de sa face aplatie, doit être nettoyé et surtout bien séché plusieurs fois par semaine, car l'humidité coincée dans ce repli provoque rougeurs et macérations. Ses yeux proéminents demandent un nettoyage quotidien à la compresse humide, en essuyant du coin interne vers l'extérieur ; sur les robes claires, les larmes laissent une trace brune sous l'oeil. La zone sous la queue, masquée par les franges, se vérifie régulièrement pour éviter les souillures. Enfin, ses dents chevauchantes, conséquence de sa mâchoire prognathe, retiennent la plaque dans des recoins inaccessibles : brossage régulier et contrôle vétérinaire tous les six mois.

Prix et budget annuel

Pour un Pékinois, compter entre 500€ et 1200€ chez un éleveur LOF sérieux. Le budget annuel d'entretien comprend :

  • Alimentation : 50-80€/mois
  • Vétérinaire (vaccins, bilans) : 250-400€/an
  • Assurance santé : 20-35€/mois

Le Pékinois est-il fait pour vous ?

Le Pékinois est fait pour un intérieur calme et une vie tranquille. Ses 20 à 30 minutes de sortie quotidienne en font l'un des chiens les plus compatibles avec l'appartement, y compris sans jardin, et son indépendance lui permet de rester seul plusieurs heures sans détresse — deux qualités précieuses pour une personne seule, un retraité ou quelqu'un qui vit en ville. Il cohabite bien avec un chat, dont il partage le goût pour l'observation depuis un point haut. Trois conditions doivent cependant être remplies. La première est le temps de brossage, chaque jour, ou un budget de toiletteur régulier : sa robe double ne pardonne aucun relâchement. La deuxième est un logement qui reste frais en été, car sa face aplatie le rend très vulnérable à la chaleur ; au-delà de 25 degrés, les sorties se limitent au petit matin et au soir. La troisième est un budget vétérinaire supérieur à la moyenne, ses yeux et ses voies respiratoires pouvant nécessiter des interventions. Avec de jeunes enfants, la prudence s'impose : ses yeux saillants sont vulnérables et il n'apprécie pas d'être porté sans façon. Si vous cherchez un chien de sport ou un compagnon de jogging, passez votre chemin ; si vous voulez un compagnon posé, fier et d'un tempérament affirmé, le Pékinois tient sa place pendant quinze ans.

Pékinois : l'ancien lion des empereurs qui demande plus qu'il n'y paraît

Le Pékinois est l'une des plus anciennes races du monde, élevée exclusivement dans la Cité Interdite de Pékin pendant des siècles. Seuls les membres de la famille impériale avaient le droit d'en posséder : les voler ou les tuer était puni de mort. Ils étaient portés dans les manches des robes impériales et considérés comme des incarnations du lion bouddhiste protecteur. L'Occident n'a découvert la race qu'après le sac du Palais d'Été de Pékin par les forces britanniques et françaises en 1860, qui rapatrièrent plusieurs spécimens en Europe.

Le Pékinois est une race brachycéphale dont les problèmes respiratoires sont potentiellement aussi sévères que ceux du Bouledogue Français, malgré sa petite taille. Les narines sténosées, le voile du palais allongé et la trachée rétrécie provoquent des ronflements constants et une intolérance notable à la chaleur. La chirurgie corrective BAOS est recommandée si les symptômes sont prononcés, notamment chez les individus qui halètent excessivement ou qui ont des épisodes de syncope à l'effort.

Son regard imposant et ses yeux proéminents sont génétiquement liés à sa morphologie aplatie. La conséquence directe : ses yeux sont extrêmement exposés aux traumatismes, aux poussières et aux infections. Un Pékinois qui cligne d'un œil ou dont un œil est rouge doit être consulté en urgence vétérinaire, car le risque d'ulcère cornéen est immédiat. Dans les cas extrêmes, l'œil peut sortir de son orbite (proptose) lors d'un trauma, ce qui nécessite une intervention d'urgence dans l'heure. Le nettoyage quotidien des yeux avec un produit adapté est une habitude obligatoire.

Tests à exiger avant achat : score BAOS des parents si possible, bilan ophtalmologique des deux parents, luxation de la rotule (très fréquente dans la race), maladie de Chiari-like (malformation crânienne similaire à la syringomyélie du Cavalier King Charles, de plus en plus documentée dans la race). L'utilisation d'un harnais est absolument obligatoire, jamais de collier, pour ne pas aggraver les problèmes de trachée et ne pas risquer la proptose.

Son caractère est digne et assuré : le Pékinois n'est pas servile mais il ne cherche pas non plus à plaire à tout prix. C'est un chien qui sait ce qu'il veut et l'exprime clairement. Il convient aux personnes calmes qui apprécient un chien au caractère affirmé et indépendant, capable d'être seul plusieurs heures, adapté à la vie en appartement et qui accepte un budget vétérinaire significatif lié à sa morphologie particulière.

Le Pékinois appartient aux races dites chondrodystrophiques, c'est-à-dire porteuses d'une forme de nanisme héréditaire qui raccourcit et incurve les os longs des pattes avant. Cette particularité explique sa démarche si reconnaissable, souvent surnommée la « démarche du lion » : un roulis balancé d'avant en arrière, presque majestueux, hérité directement de sa sélection historique pour rappeler les statues de lions gardiens des temples chinois. Ce même terrain génétique fragilise le dos, qui reste long par rapport à des pattes très courtes. Les sauts répétés depuis un canapé ou dans des escaliers glissants peuvent, à la longue, favoriser une hernie discale — d'où l'intérêt d'installer des marches ou une petite rampe dès le plus jeune âge, plutôt que d'attendre l'apparition d'une douleur pour agir.

Sa mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, donne au Pékinois son expression prognathe caractéristique, mais elle complique aussi l'alignement des dents. Les chevauchements dentaires favorisent l'accumulation de plaque et de tartre dans des zones difficiles d'accès au brossage, ce qui explique une prévalence plus élevée de maladies parodontales précoces que chez des races au museau plus long. Un contrôle bucco-dentaire chez le vétérinaire tous les six mois, en complément du brossage à domicile, permet de repérer une gencive inflammée ou une dent qui bouge avant qu'une infection ne s'installe et ne migre vers d'autres organes.

Contrairement à des races qui reportent leur affection sur l'ensemble du foyer, le Pékinois choisit souvent une seule personne de référence, à qui il voue une fidélité presque exclusive, tout en restant poliment distant avec le reste de la famille. Ce trait, hérité de siècles passés à être l'unique compagnon d'un membre précis de la cour impériale plutôt qu'un chien de meute, explique pourquoi il supporte mal d'être « partagé » ou forcé au contact par des inconnus. Il ne recherche pas l'exercice intense : de courtes sorties suffisent amplement, et il préfère largement observer son territoire depuis un coussin surélevé plutôt que courir après une balle. Le pousser à un effort soutenu, surtout par temps chaud, est déconseillé compte tenu de ses voies respiratoires réduites.

L'histoire retient le nom de « Looty », l'un des cinq Pékinois retrouvés dans les jardins du Palais d'Été après le sac de 1860, offert ensuite à la reine Victoria. Le peintre animalier Sir Edwin Landseer réalisa son portrait, faisant de Looty le premier Pékinois connu par son nom en Occident et déclenchant un engouement discret mais durable dans l'aristocratie britannique. Pendant plusieurs décennies, la race resta ainsi presque exclusivement réservée aux familles nobles européennes, avant de se démocratiser au vingtième siècle — un héritage de prestige qui explique encore aujourd'hui le prix d'achat élevé de la race.

Points de santé spécifiques

Vivre avec un Pékinois pendant 12 à 15 ans suppose quelques réflexes propres à sa morphologie. La chaleur est son premier ennemi : sa face aplatie l'empêche de refroidir l'air correctement, donc pas de sortie aux heures chaudes, jamais de voiture même à l'ombre, et un espace frais disponible tout l'été. Ses 20 à 30 minutes d'exercice quotidien se répartissent en promenades calmes plutôt qu'en efforts soutenus, en surveillant sa respiration : un halètement bruyant ou une langue qui vire au bleu impose l'arrêt immédiat et un avis vétérinaire. Le harnais remplace le collier en permanence, sans exception. Contrôlez son poids tous les mois, car quelques centaines de grammes suffisent à aggraver à la fois sa respiration et la contrainte sur son dos. Limitez les sauts depuis le canapé ou le lit, et installez une petite marche pour épargner ses disques intervertébraux. Enfin, tout oeil rouge, larmoyant, tenu fermé ou anormalement saillant se traite comme une urgence le jour même, sans jamais attendre 48 heures.

Questions fréquentes sur le Pékinois

Le Pékinois est-il difficile à éduquer ?
Oui, très indépendant. Il fait ce qu'il veut. Séances très courtes avec récompenses appétentes.
Ses yeux sont-ils fragiles ?
Très. Ses yeux proéminents sont exposés aux blessures et à la proptose (luxation du globe). Urgence absolue si un oeil sort de son orbite.
Convient-il à un senior vivant seul ?
Oui, excellent. Peu exigeant en exercice, loyal, calme. Mais indépendant (ne sera pas 'dépendant' émotionnellement).
Aboie-t-il beaucoup ?
Oui, c'est un excellent chien d'alarme malgré sa taille. Entraînement précoce recommandé.
Quel est le budget mensuel pour un Pékinois ?
Le budget d'un Pékinois se situe autour de 70 à 115€ mensuels (nourriture 50-80€, assurance 20-35€), avec en plus 250-400€ de vétérinaire sur l'année.
À quel âge un Pékinois devient-il adulte ?
Chez le Pékinois, la taille adulte est acquise très tôt (8-12 mois), même si la maturité mentale du Pékinois demande souvent un peu plus de patience, parfois jusqu'à 2 ans.